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03 novembre 2014

Cercle Colbert 23 septembre : réaction de monsieur Paul Vermeylen

Intervenant en fin de rencontre, et invité à la concision, je mettrai l’accent sur quatre enjeux. Ils sont inspirés par la question sous-jacente aux exposés de ce soir sur l’évolution des institutions territoriales : quelle en est l’efficacité pour le développement notamment économique ?

 

Un, pourquoi une sorte de « Ligue 1 » des métropoles émerge-t-elle en Europe depuis quelques décennies ? Pourquoi toujours les mêmes (Copenhague, Barcelone, Hambourg, …) sont-elles hissées sur les podiums ? Principalement parce que la croissance économique s’y trouve à un niveau largement supérieur aux PIB nationaux (140 à 180% pour les grandes métropoles de l’Europe des 15). « Moteurs des territoires », elles concentrent aussi la croissance démographique, la concentration des talents, … ainsi que les stratégies partagées et les récits sociétaux nouveaux. Alors, le balancier des rapports entre entités (Europe, Etats, régions et municipalités) est en mouvement : car qui peut se priver de ses champions ? Dès lors, les compétences et les capacités d’action des métropoles et des régions ne cessent de s’élargir dans la plupart des pays, et ce depuis une trentaine d’années.

 

Deux, mais quel est l’échelon réellement concerné : la région ou la métropole ? J’observe que les « moteurs » sont des territoires adaptés aux activités économiques, et que les « métropoles » sont de fait des aires métropolitaines, que l’on appelle selon le pays où on se trouve des régions métropolitaines, des Citta Metropoli, des aires métropolitaines, les métrorégions, …. Il s’agit de larges territoires, qui englobent à la fois la grande ville, de petites ou moyennes villes situées parfois à une centaine de km , les espaces interstitiels ou à la frange de ceux-ci. A ce stade, la réforme française prend plutôt mal en compte la nécessité de faire émerger de puissantes aires métropolitaines. Ironie, aucun découpage en Europe n’est parfaitement efficace, car les dynamiques socioéconomiques conduisent sans cesse à développer de nouvelles échelles de gouvernance et de mise en œuvre stratégique (l’exemple des régions métropolitaines en Allemagne et aux Pays-Bas est à cet égard parlant : moteurs oui, mais non pas instances institutionnelles). La coopération avec les acteurs publics et privés est donc le maitre-mot, l’agilité à nouer des alliances, la valeur cardinale.

 

Trois, dans la dynamique générale européenne, s’agit-il d’autonomie ou de décentralisation ? Le récent référendum écossais, le projet de référendum en Catalogne, les résultats électoraux en Belgique, en Autriche, en Italie soulignent un versant, qui me semble dominant dans cette phase : l’autonomie de territoires qui ont foi en leur destinée, face aux échecs ou impuissances de l’Europe et des Etats. Alors les Etats soumis à ces dynamiques doivent s’adapter, et proposer des formes de décentralisation qui par moment ressemblent étrangement à de l’autonomie. A cet égard, la France aurait sans doute à dépasser deux freins qui ne sont pas à l’agenda aujourd’hui, contrairement à ce que l’on observe ailleurs en Europe : la réduction drastique du nombre de collectivités ; et la fin ou la réduction de l’incohérence créée par la « double colonne d’action » que représente les niveaux des collectivités et de l’Etat (en région, en département).

 

Quatre, pourquoi faire ? Quelle serait la nouvelle responsabilité de la métropole dans l’essor économique ? Au cœur des stocks et des flux, les grandes villes assurent les liens et accueillent : leurs stratégies ont été de proposer aux entreprises des aires industrielles, des centres commerciaux, des centres d’affaires. Mais aujourd’hui, elles déploient une nouvelle dimension : celle de stimuler la créativité tous azimuts, en s’appuyant sur les fonctions socles qui se concentrent sur leur territoire : l’apprentissage, l’innovation sociale, la recherche publique, centres de décision,  circuits courts alimentaires, etc.  Elles incitent à dépasser sans cesse les frontières entre secteurs, à créer des ponts. Cette sortie de la logique des silos a besoin de la ville, car le frottement créateur y bénéficie de la densité et de la fluidité des contacts et des flux qui y sont associés. A cette fin, les métropoles créatives activent sans cesse la fertilisation croisée entre ces fonctions ; elles participent avec leurs entreprises à identifier les nouvelles demandes sociétales, contribuant à l’émergence de nouveaux couples produit-service basés sur des innovations de rupture. La valeur cardinale est donc la créativité, en lien avec la coopération agile et la valorisation du capital social.

 

L’efficacité économique n’est pas seule en cause. Les valeurs de la solidarité et de la durabilité s’expriment tout autant : les métropoles sont les acteurs d’un second pilier de la solidarité, basé sur les liens de proximité favorisant l’inclusion sociale ; elles sont aussi les acteurs de la mise en œuvre du développement durable par les ressources et les territoires qu’elles gèrent.

 

 

En définitive, quelle sera la cohérence d’action des acteurs publics français ? Je crois beaucoup à la dynamique des « conférences territoriale de l’action publique » prévues par la loi, davantage que la décision imposée par le haut relative à la spécialisation des compétences des uns et des autres. La cohérence est un état d’esprit, augurons que celui-ci évolue dans l’écoute et le dialogue.

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